Les petits États : un objet multiforme en voie de systématisation

Une première journée d’étude organisée par l’UMR 3400 ARCHE (Université de Strasbourg) en décembre 2025, « David et Goliath, faire reconnaître et conserver sa souveraineté pour les petits et moyens États du XIIIe au XVIIIe siècle », a permis de proposer un premier panorama des mécanismes à l’œuvre dans les processus qui mènent à la création, au développement, à la disparition ou à la survie des États « petits » et « moyens » en Europe. L’UMR 3400 ARCHE dans son axe « Autorité, liberté, contrainte » propose une seconde journée d’étude consacrée au développement des réflexions relatives à cette catégorie.

 

L’un des constats qui ont été dégagés lors de ce premier défrichement, et le plus problématique quant à la poursuite des réflexions sur ce sujet, est celui de la difficulté de la définition de ces entités politiques. L’étendue territoriale semble être une évidence, mais ce seul critère apparaît comme limitant et ne permet pas de rendre compte d’autres éléments pourtant importants, qui interrogent d’ailleurs les critères de l’État et de la souveraineté. Car en effet, au-delà des critères permettant de définir les États qui seraient « petits » ou « moyens » dans une Europe d’abord féodale, il nous faut nous demander où se trouve la limite entre un État et une entité seigneuriale. Existe-t-il d’ailleurs une différence entre les États d’Europe occidentale, du Nord, orientale, et les entités politiques du Saint-Empire Romain Germanique ? La construction de l’État est-elle spécifique dans ces entités politiques fragiles ? Sont-elles des lieux d’adaptation des mécanismes à l’œuvre dans les « grands » États, et donc des foyers d’innovations politiques ou des espaces de conservation des pratiques médiévales ? À quel point leur souveraineté est-elle contrainte en fonction des liens féodo-vassaliques qui les unissent aux royaumes et à l’Empire ? L’État peut-il seulement exister dans les États qui forment les monarchies composites ? Comment dépasser ou agir malgré cette sujétion ? Et dès lors, comment caractériser ces entités ? La division selon une échelle relativiste entre « petits » et « moyens » semble claire, mais limitante et essentialiste. Il convient donc d’y adjoindre des adjectifs caractéristiques de la situation de chaque État, entre États tampons, satellites, vassaux, et tout élément supplémentaire qu’il convient de décrire et répertorier.

 

De plus, la complexité des différentes situations géopolitiques en Europe du Moyen Âge à la fin de l’époque moderne pousse à s’inscrire dans une perspective diachronique. Une telle approche permet de mieux cerner le processus, et de dépasser une vision linéaire, teintée de téléologie, selon laquelle ces entités politiques particulières seraient vouées à disparaître en se fondant dans les États-nations.

 

Les propositions de communication, d’environ 3000 signes, sont attendues de maintenant à la fin du mois de juillet et sont à envoyer à : afollain@unistra.fr  et à  thibaut.vetter@etu.unistra.fr  


La journée d’étude aura lieu au Palais universitaire de Strasbourg à la fin du premier semestre de l’année universitaire 2026-2027, à une date à définir avec les intervenants. La publication des actes des deux journées d’études est prévue dans Source(s), revue papier et numérique du laboratoire.

 

Organisation 


Antoine Follain, Professeur des universités (Université de Strasbourg)

Emmanuel Gérardin (Université de Strasbourg)

Thibaut Vetter (Université de Strasbourg) UMR 3400 ARCHE 


Rappel du programme de la première journée :

 

  • Vetter, Thibaut (Université de Strasbourg), « Les petits États et leur souveraineté en Europe du XIIIe au XVIIIe siècle »
  • Domizio, Luca (Université de Gênes), « Gênes, ses ports et la guerre : un État-port dans le système espagnol de la première modernité ? »
  • Bardakçi, Özkan (Université de Lorraine), « Les haraçgüzar face à la Sublime Porte au cœur de la "longue" guerre de Hongrie (1593-1606) Entre indépendance et soumission ? »
  • Ruelle, Alexandre (Cergy Paris Université), « Du duché de Savoie au royaume de Sicile. Comment un "petit État" d'entre-deux a-t-il pu devenir une puissance moyenne ? »
  • Ferroli, Maxime (Université de Bourgogne-Franche-Comté), « Trajectoire d'une province dans l'Europe des XVIe et XVIIe siècles, le cas de la Franche-Comté »
  • Gérardin, Emmanuel (Université de Strasbourg), « La souveraineté revendiquée par les ducs de Lorraine entre la fin du XVe et le début du XVIIe siècle a-t-elle jamais existé ? »

 

 

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